• On dit que l’appareil photo ne fait pas la qualité d’un photographe et c’est tout à fait juste, c’est son regard qui rendra belles ses compositions. Mais pour cela, nous sommes bien obligé de passer par la technique, sans quoi nos photos ne seraient en réalité que des souvenirs impossibles à partager. Je vais parler des différents réglages que l’on peut utiliser en photo de rue, mais cela peut également être utile pour d’autres disciplines.

  • Quels sont les réglages couramment utilisés en photo de rue ? Quel programme choisir, que faire des ISO, comment faire la mise au point, quel mode de mesure de la lumière utiliser...

Quel programme utiliser:

Quel mode de MAP utiliser:
  • Priorité à l’ouverture
  • C’est le mode le plus couramment utilisé en photo de rue, puisque le photographe qui pratique cette discipline cherchera généralement à avoir le plus de profondeur de champ possible. Dans ces cas là, on se rapproche de la photo de paysage et on choisira une ouverture entre f/8 et f/11.

  • Je ne parlerai pas du piqué que l’on dit meilleur à ces ouvertures -mince, c’est fait, je ne suis pas technicien et je crois que les objectifs actuels offrent une très bonne qualité même à pleine ouverture. La différence n’est pas toujours flagrante, sauf peut être sur le bas de gamme.
  • On peut également choisir une ouverture plus grande pour justement jouer avec la PDC, c’est généralement l’effet recherché lorsqu’on fait un portrait, pour détacher le visage de l’arrière plan. Mais avec une ouverture de f/2 par exemple, il faut assurer la MAP !

Auto

  • Choix du collimateur: c’est le mode de mise au point que j’utilise 90% du temps. Efficace dans la plupart de situations, je choisis mon collimateur pour faire ma mise au point sur mon point d’intérêt si j’ai le temps, sinon j’utilise le central et fait la technique du « mise au point puis recadrer ».

 

  • Priorité à la vitesse

  • Dans certaines situations, il devient nécessaire de maitriser la vitesse de l’obturateur plutôt que son ouverture. C’est notamment le cas lorsque vous souhaitez figer une action relativement rapide (une personne qui court ou un cycliste) ou au contraire créer un effet de flou pour montrer le mouvement d’une façon différente. Dans le premier cas, on aura besoin d’une vitesse rapide, et d’une vitesse lente pour le second.

  • On redonne alors le contrôle de l’ouverture à l’appareil et on choisit une vitesse adaptée. Pour créer un effet de flou d’une personne qui marche, je sélectionne une vitesse autour de 1/30 de secondes. Même réglage pour un filé de cycliste, et si je souhaite figer son mouvement, j’augmente jusqu’à 1/200 de secondes.

Manuel

  • Hyperfocale: cette technique consiste à pré-régler la MAP sur une distance définie qui assurera d’avoir une profondeur de champ suffisamment grande. N’oubliez pas que celle ci est liée à l’ouverture mais aussi à la distance de MAP. Il faut connaître son appareil photo, mais c’est à ça que sert l’hyperfocale: une formule permet de calculer la distance à laquelle la MAP apportera le plus de netteté à l’image, la plus grande PDC (recherchez « hyperfocale -votre référence d’appareil photo- » sur Google et vous devriez trouvez vos distances sans problème). Pour donner une exemple, une focale de 35mm et une ouverture de f/11 donnera une hyperfocale d’environ 3m, ce qui signifie concrètement que l’image sera nette de 2m (1/3 de l’hyperfocale avant le point d’hyperfocale = 1m avant le point de MAP situé à 3m = 3m – 1m = 2m – c’est ce que dit la règle de l’hyperfocale ^^) jusqu’à l’infini. L’énorme avantage: pas de temps perdu pour la MAP, la prise de vue est quasi instantanée !

  • Mode Manuel
  • Choisir une ouverture pour maitriser la profondeur de champ tout en s’assurant d’une vitesse suffisamment élevée pour figer la scène, quitte à bruiter légèrement l’image en augmentant la sensibilité ISO, voilà ce que permet le mode Manuel. Il m’arrive de l’utiliser et de laisser la sensibilité en automatique, ce qui laisse à l’appareil la liberté de l’ajuster.

  • C’est quelque chose qu’il faut anticiper, parce que ce besoin peut arriver à n’importe quel moment, notamment celui où vous n’êtes pas en mode manuel Mon OMD-EM10 me permet de passer rapidement du mode priorité ouverture (ou vitesse) au mode manuel, je n’ai pour cela qu’à tourner la molette des vitesses (ou le diaphragme).

  • Mise au point avec aide: il s’agit ici de simplement utiliser manuellement la bague pour faire la mise au point là où vous le souhaitez. Ce n’est pas toujours facile, c’est pourquoi je le fais rarement, mais certains appareils possèdent une aide à la MAP. Les Leica sont, me semble-t-il, les plus favorisés (ils superposent deux images au centre qui s’alignent parfaitement lorsque la zone est nette), mais d’autres marques trouvent des alternatives convaincantes. C’est le cas de Fujifilm avec le Focus Peaking ou le Digital Split Image.

  • Et dans des situations où le temps n’est pas votre ennemi et les conditions de lumière difficiles, la mise au point manuelle pourrait bien vous sauver !
  • Mode Automatique
  • À vrai dire, je n’ai jamais vraiment utilisé le mode tout automatique, mais depuis que j’ai vu Thomas Leuthard le faire sur son OMD, je me dit pourquoi pas. Les appareils actuels sont de plus en plus efficaces pour éviter de se faire piéger par la luminosité, et dans des conditions si on peut dire idéales de lumière, il suffit la plupart du temps. Tout dépend de votre scène et du résultat que vous souhaitez obtenir. Si par exemple vous tenez absolument à ce que votre portrait urbain ai une faible profondeur de champ, mieux vaut choisir votre ouverture. Mais si votre composition est plus large, sans effet particulier, alors le mode automatique ferra le job. L’idéal est encore une fois de connaitre son appareil photo pour savoir dans quelles situations le mode auto pourrait se faire piéger.

Quel mode de mesure de la lumière?

  • Matriciel

    Ce mode utilise presque la totalité de l’image pour calculer son exposition, et il est adapté à la plupart des situations. Il faut pratiquer pour mieux connaitre son boitier pour ainsi éviter de se faire piéger, car il existe des situations où l’appareil photo ne réagira pas comme vous le souhaiteriez. Si vous souhaitez rendre compte d’une situation sombre, avec juste une petite zone éclairée, il faudra corriger l’exposition en sous-exposant: l’appareil verra une scène globalement sombre et décidera plus ou moins selon le modèle de sur exposer la scène pour que tout soit clair. À l’inverse, il faudra sur-exposer pour une scène très lumineuse, que l’on souhaite garder lumineuse.
  • Que faire de la sensibilité?

  • L’idéal est d’avoir un appareil photo qui permet de régler les ISO en automatique en fixant une valeur maximale, tout en fixant une vitesse minimale pour éviter le flou de bougé. C’est le cas de mon OMD-EM100 et la plupart du temps je ne me souci pas de la sensibilité. Mais parfois, il faut être plus malin que l’appareil et choisir soit même sa valeur. Il peut être utile de fixer les ISO sur 400 ou 2000 suivant la qualité de votre capteur pour être vraiment à l’aise avec votre vitesse, alors pensez y !
  • Si vous n’avez pas la possibilité de mettre les ISO en automatique, choisissez les manuellement, c’est assez faille à faire. Si votre journée est très ensoleillée, privilégiez une sensibilité très faible, la plus petite que vous propose votre appareil (généralement ISO100, mais cela peut aussi être 50 ou 200). À l’inverse, une journée nuageuse ne fournira pas la même quantité de lumière alors il faudra augmenter la sensibilité du capteur de ISO400 à ISO3200 suivant votre appareil photo (tous les appareils ne réagissent pas de la même façon face au bruit numérique, tout dépend de la qualité de leur capteur).
  • Spot

Le mode spot n’utilise qu’une toute petite partie de l’écran et est très utile pour les contre-jour notamment, mais aussi pour les scènes peu lumineuses. Dans ce cas, il est plus efficace que le mode Matriciel.

  • Conclusion

Il est essentiel de se rappeler encore une fois que le plus important dans la photographie, c’est la composition de nos images, l’harmonie qu’on y apporte. Et chacun y va de sa touche personnelle, c’est en fonction de notre propre regard, de notre façon de voir les choses. L’appareil photo n’est pas si important qu’il n’y parait, mais on ne peut pas négliger l’aide précieuse qu’apporte la plupart de ses fonctions. La technique passe après, mais elle ne peut pas être oubliée, c’est une contrainte dont il faut essayer de s’acquitter par l’expérience, alors photographions, encore et encore !

  • Oublions l’appareil photo
  • Quand Thomas Leuthard photographie, ça va vite, très vite ! Un arrêt de 3 a 4 secondes devant le sujet et la photo est dans la boîte. Il faut une certaine assurance pour faire ça, surtout quand on se trouve à moins de 50 cm du sujet ! Ou des balls, comme dit Thomas. Pas de réglage fait dans l’urgence, pas de problème de mise au point, Thomas shoote en mode tout automatique ! Oui oui, mode AA Associé à une mise au point très rapide grâce à la détection de visage proposé par son Olympus OMD, sa réactivité est maximale !
  • Il utilise le format Raw mais ne passe pas énormément de temps au post traitement de ses images, préférant se concentrer sur la prise de vue. Quelques secondes pour ajouter un preset personnel, et le tour est joué. Le Raw lui permet également de garder la couleur, si besoin.
  • J’ai également remarqué l’importance de son appareil photo, de son écran orientable plus précisément. Thomas l’utilise dans la plupart des cas, puisqu’il lui permet de photographier sans pointer l’appareil photo vers le sujet de façon trop agressive: son regard n’est plus dirigé vers le sujet mais plutôt vers le « sol », à 90 degré. C’est assurément plus discret dans la plupart des situations. Avant le rendez vous, lorsque nous marchions à la recherche d’un café, il s’est arrêté devant un jeune homme assis en terrasse, appareil à hauteur de la ceinture, l’oeil trouvé vers son écran. Le jeune lève la tête, Thomas shoot et relève immédiatement la tête sans le regarder, comme s’il regardait autre chose, puis continue sa route. Aucune réaction du jeune, c’est dans la boite !
  • Keep Calm, and Shoot !

  • Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est le calme dont il fait preuve quelque soit la situation. La plupart du temps, les gens qu’il photographie ne remarquent rien: ils ne comprennent pas ce qui vient de leur arriver. Mais des fois, Thomas se fait repérer:Keep Calm !
  • Une fois, un jeune l’a interpellé juste après avoir été prit en photo pour lui demander d’effacer le cliché, ce que Thomas a fait (cela dit, je n’ai pas vérifié ). Une autre fois, un monsieur qui rentrai chez lui n’a pas apprécié que Thomas le photographie: le type n’était pas très cordial, mais Thomas a fait mine de s’excuser. Tout va bienJe l’ai également vu se diriger vers deux personnes qu’il venait de photographier pour discuter avec eux, un moment de partage très sympathique. Je ne sais pas ce qu’il s’est dit, il vaut mieux le laisser seul dans ces situations (imaginez si à chaque fois qu’il prenait une photo, 18 personnes restaient à côté de lui et le suivaient en direction du sujet).
  • En l’observant pendant sa chasse, avant la prise de vue, cela m’a permit de constater qu’il essayait d’anticiper sur la réaction des gens. C’est clairement du délie de faciès, puisqu’il juge sur l’attitude, le comportement, le regard des gens, mais je crois que c’est à la fois utile et non irrespectueux. S’il ne sent pas une personne, autant ne pas shooter. Même s’il sait gérer les personnes mécontentes, inutile de chercher les ennuis...Thank You Thomas !
  • Au final, j’ai passé un super moment en sa compagnie (ainsi qu’avec les autres photographes, dont Aymeric), et j’ai enfin été récompensé de mon habituelle ponctualité ! Ces trois quarts d’heure passé seul avec lui avant le rendez vous officiel, c’était génial. Tout comme la balade photo avec le groupe entier. Il y avait même deux Anglais venus de Londres spécialement pour voir Thomas, arrivés à la gare après 10h de bus.Et l’ambiance était top, pour preuve ce moment où Thomas attendait qu’une jeune fille située dans une cabine téléphonique se retourne pour la photographier et où un autre photographe a frappé au carreau pour attirer son attention: tout le monde en a rigolé, la jeune fille n’a pas compris, et Thomas avait sa photo !
  • Ne regardez pas vos sujets
  • Le premier conseil que je donnerai, mais que je ne cite que maintenant parce qu’il est lié à tous les autres conseils que je viens de vous donner, c’est de ne jamais regarder votre sujet. « No eyes contact ».C’est le seul conseil en discrétion que j’ai donné dans l’article que j’ai écrit...

  • Je vais en dire un peu plus ici. N’oubliez pas que je pars toujours du constat, énoncé en introduction, selon lequel vous n’avez aucun problème de conscience sur les photos dites volées, celles prises sans le consentement de la personne photographiée. L’idée est la suivante: si vous regardez votre sujet avant, il va comprendre que vous vous apprêtez à le photographier. Si vous le regardez après, il sait que vous venez de le prendre en photo. Dans les deux cas, vous êtes repéré et sujet à une éventuelle contestation.
  • Un dernier conseil qui est plus ou moins lié à celui ci, fiez vous à votre instinct. Si vous sentez qu’une personne risque de ne pas apprécier d’être prise en photo si jamais elle vous remarque, passez votre chemin. Il y a tellement de possibilités dans nos rues qu’il est inutile de prendre des risques, inutiles.